Sous le haut patronage de l’Ambassade de France en Chine et en partenariat avec l’Université de Pékin, l’Observatoire Social International (OSI) a organisé son premier Forum Sino-Européen sur le thème du développement de la responsabilité sociale des entreprises le 29 octobre 2015, à Shenzhen.

Le forum sino-européen 
en bref

Il a réuni 300 participants appartenant à différents secteurs : télécommunications, banques, énergie, éducation, environnement et culture. De nombreuses entreprises internationales, tels qu’Orange, ENGIE, Deutsche Telekom, Huawei, China Shoto, Amundi et SUEZ sont intervenues, ainsi que BPI France et des établissements d’enseignement supérieurs de solide réputation : Université de Pékin, ESSEC , IEAM et HSBC Business School. Les représentants des principales banques chinoises étaient également au rendez-vous, ainsi que l’Institut des affaires Publiques et Environnementales (IPE), importante ONG chinoise qui a réalisé une cartographie des émissions polluantes en Chine. Bertrand Furno, Consul Général de France à Canton, a prononcé le discours d’ouverture, tandis que Muriel Morin, Présidente de l’OSI et Wen HAI, Vice-président de l’Université de Pékin ont accueilli les participants au nom des organisateurs. L’organisation matérielle et la logistique du forum ont bénéficié de l’expérience du responsable d’Orange en Chine, Alex Wang, et de son équipe dans l’animation de la plateforme Joint Audit Cooperation qui réunit les grands opérateurs de télécommunication en Chine.

 Le mouvement de mondialisation se traduit aujourd’hui par une interdépendance accrue des grandes économies de la planète. Devenue la seconde économie du monde, la Chine est en train de rééquilibrer son modèle de croissance, entre exportation et développement intérieur. Elle vise à doper l’économie de son marché domestique par une relance des investissements, dans le cadre des efforts d’intégration régionale et du projet « nouvelle route de la soie » destiné à accélérer le développement intérieur du pays par la construction de moyens de transport vers l’Europe. Par ailleurs, deux jours avant la tenue de ce forum, le comité central du Parti communiste a adopté le 13e plan quinquennal pour la période 2016 – 2020. Ce plan intègre une série de mesures dans le domaine de l’environnement dont la croissance des énergies renouvelables devrait être le principe directeur des initiatives pour lutter contre la pollution. Dans ce nouveau contexte économique, les entreprises internationales chinoises sont encouragées à investir et à s’installer à l’étranger, tandis que portée par une nouvelle flexibilité monétaire, la libéralisation progressive de l’économie chinoise appelle les entreprises à prendre en compte les enjeux de responsabilité sociale de plus en plus essentiels dans la concurrence internationale, mais aussi auprès de la population chinoise touchée par une pollution de l’air endémique. Les grandes entreprises chinoises sont ainsi incitées à rechercher un mode de gouvernance qui articule performance économique, respect de l’environnement et un minimum de développement social là où elles s’investissent et où elles opè- rent. C’est dans ce contexte que l’OSI en Chine a préparé et animé ce premier forum sino-européen. Celui-ci a constitué un incontestable succès, autant par le nombre que par la qualité des intervenants lors des tables rondes (voir encadré). Elles ont été l’occasion d’échanges constructifs et de discussions passionnantes, permettant ainsi de mesurer l’importance des enjeux grâce aux interventions d’acteurs chinois et européens à faire part de leurs expé- riences ou de leurs projets.

Cinq tables rondes sur les différents enjeux de la RSE

La première table ronde Coopération au-delà de la concurrence a porté sur une meilleure mise en œuvre des principes de responsabilité sociale dans les relations avec les fournisseurs. Elle était animée par Brigitte Dumont, Directrice de la RSE dans le groupe Orange. Alex Wang, Directeur d’Orange en Chine a présenté l’expérience du Forum Joint Audit Cooperation (JAC), dont il assure la coordination et qui réunit les dix plus grands opérateurs mondiaux présents en Chine, pour échanger sur leurs relations avec leurs fournisseurs. Cette coopération a permis d’organiser des audits communs et d’établir des relations plus partenariales avec les fournisseurs. En tant que fournisseur chinois, Alan Eicken, Directeur du Développement Durable de Huawei a témoigné de l’intérêt qu’avait le forum JAC pour améliorer la performance de son entreprise et rendu compte des progrès effectués. La prise en compte des critères extra-financiers dans les investissements avec l’objectif d’articuler les performances économique, financière et sociétale, a constitué le menu de la seconde table ronde. Animé par Fan Wenbo, Vice-président de la Shenzen Banking Association, elle a réuni plusieurs acteurs du secteur bancaire. Les interventions du panel ont permis d’aborder les différentes facettes de la question et les enjeux respectifs des acteurs européens et chinois. AMUND I qui était représenté par son Directeur Expertise ISR, Thierry Bogaty, a montré comment les dynamiques en matière de notation sociale devenaient essentielles pour les investisseurs à l’échelle mondiale. Les acteurs chinois, de plus en plus présents sur le marché européen intègrent désormais les critères extra-financiers et la RSE dans leur stratégie d’investissement. La troisième table ronde a abordé la Convergence des efforts pour une meilleure protection de l’environnement. Huang Haifeng, professeur à la HSBC Business School a présenté les évolutions qui étaient en train de marquer les évolutions de la politique des autorités chinoises en matière de croissance économique et de prise en compte des enjeux environnementaux. Ces changements s’inscrivaient à la fois dans la perspective proche de la COP 21, mais également dans une réponse à la population chinoise qui souffre de plus en plus fortement de la pollution dans les grandes agglomérations chinoises. Liu Hengwei, responsable de la stratégie d’ENGIE en Chine, a expliqué les enjeux environnementaux dans le secteur de l’énergie et la pertinence des orientations retenues par son entreprise en matière d’énergies renouvelables et d’économies d’énergie. David Chen de Suez Asia et Shao Shuangxi de China Shoto, entreprise qui produit des piles et des batteries, ont présenté les initiatives de leurs entreprises en matière environnementale. Enfin, Ma Jun, responsable de l’Institut des affaires publiques et environnementales, a souligné les enjeux environnementaux qui se posent aux différents secteurs industriels dans le pays. La quatrième table ronde a traité de l’intégration des thèmes RSE majeurs dans la formation des managers. AniméE par Patrick Dambron, directeur de l’IEAM, elle a permis un échange entre responsables universitaires chinois (Université de Pékin, Université du peuple, Université Durk) et européens (ESSEC , IEAM) sur le contenu des programmes de formation au management. François Ewald, philosophe, a souligné que l’enjeu prioritaire pour les managers lui semblait être le travail sur soi. La responsabilité sociale des entreprises met les managers face à des enjeux qui mettent en jeu l’autonomie, la culture et le pouvoir et qui appellent les managers à un travail personnel sur eux-mêmes pour être relevés de manière responsable. La dernière table ronde avait pour thème la construction internationale des référentiels RSE : cultures, droits, pratiques. Elle a notamment donné la parole à Zhang Tian-ai, qui anime une fondation et une école de formation à l’art et à Yingjian Liu, Directeur Asie de Présence, une entreprise spécialiste depuis 30 ans des études liées à la relation client, via des visites mystè- res, appels et audits mystères. Présence propose des outils de mesure et surtout des outils de management et de progrès qui visent à motiver les équipes terrain, à progresser et à mettre en place des actions concrètes et ciblées. Face au succès de ce premier forum, rendez-vous a été pris en 2016 par les participants pour continuer à promouvoir les meilleures pratiques et pour s’engager dans les actions communes entre la Chine et l’Europe. À cette fin, des groupes de travail sont en cours de constitution.  

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